Université de Bordeaux
LabEx COTECluster of Excellence
Cluster of excellence

CANEPA

CANcer et Expositions aux Pesticides Agricoles : de la compréhension des pratiques à la prévention des cancers (LabEx COTE/SIRIC BRIO)

La France, dont plus de la moitié du territoire est dédiée à l'agriculture (Surface Agricole Utile : 29 millions d'hectares en 2010, soit 54% de la surface totale) se situe au premier rang européen et au 5e rang mondial des utilisateurs de pesticides agricoles. Près de deux millions de personnes ont travaillé ou travaillent en agriculture d'après le recensement agricole de 2010. L'importance de ce secteur et de l'usage de substances chimiques pour accroître la productivité au cours des dernières décennies suscitent des interrogations tant du point de vue environnemental que de la santé publique (Aubertot et al., 2005). Aussi bien dans le domaine des sciences de la santé que dans celui de la toxicologie, de la chimie ou de l'agronomie, des questions de recherche ont émergé et y répondre représente aujourd'hui un enjeu majeur dans le domaine des connaissances et des actions.

La question des usages et des expositions aux pesticides est au cœur de ces interrogations, et se révèle particulièrement complexe à résoudre (Aubertot et al., 2005). En effet, les pesticides recouvrent un nombre très important et très divers de matières actives (plus de 1000 à ce jour sur le marché en France, dont environ 450 de produits phytosanitaires, soit 60 000 tonnes de matières actives par an, actuellement), dont les propriétés toxicologiques et les effets sur la santé restent en grande partie à découvrir, même si la cancérogénicité de certains pesticides a été démontrée chez l'animal, et parfois même chez l'homme (INSERM, 2013 ; INCa, 2014). Il s'avère donc important de comprendre les déterminants des usages et des expositions (type de culture, type d'exploitation, matériel utilisé, pratiques et caractéristiques individuelles,...) afin de pouvoir étudier les impacts sur l'environnement et sur les populations humaines et développer des mesures de prévention adaptées. Depuis quelques années, avec le soutien du Plan National Ecophyto, des changements de pratiques se développent aujourd'hui afin de réduire les usages, la pression environnementale et toxicologique mais sans clairement évaluer l'impact sur les expositions des travailleurs, l'orientation étant plutôt faite sur les conditions d'application (pulvérisateurs).

Il existe au sein de l'université de Bordeaux des équipes fortement impliquées dans ce domaine santé/pesticides et ceci depuis de nombreuses années. Elles ont travaillé jusqu'à ce jour de manière parallèle, d'une part dans le domaine de la santé, et en particulier du cancer (SIRIC, Equipe EPICENE ; Lebailly et al., 2009 ; Baldi et al., 2012, 2014), et d'autre part dans le domaine de l'environnement (LabEx COTE : Equipes EPOC et Irstea ; Macary et al., 2014 ; Cruz, 2015). Il apparaît important de faire converger, et notamment au sein de l'université de Bordeaux, les objectifs de ces deux domaines de recherche de manière à permettre i) d'une part une cohérence entre les changements de pratique aujourd'hui préconisés pour réduire les usages et les stratégies de réduction des expositions des travailleurs, ii) d'autre part de développer des actions de santé publique pertinentes pour prévenir la survenue de cancer. Cette démarche, associant à la fois les préoccupations sanitaires et environnementales, est particulièrement encouragée par les dernières versions des Plans Nationaux Cancer, Santé-Environnement (PNSE3) et Ecophyto II.

Le LabEx COTE et le SIRIC BRIO (Bordeaux Recherche Intégrée Oncologie) ont développé en commun le projet de recherche CANEPA (CANcer et Expositions aux Pesticides Agricoles : de la compréhension des pratiques à la prévention des cancers) qui permet d'associer l'expertise et les moyens humains des équipes autour de la question des expositions aux pesticides en agriculture. Ce projet se propose donc, dans une démarche pluridisciplinaire, de caractériser conjointement les contaminations des populations humaines et des écosystèmes et d'étudier le lien avec les tâches et les pratiques.

Les recherches envisagées associent plusieurs volets :

  1. Une détermination de la contamination externe des opérateurs lors des traitements et en réentrée
  2. Une documentation des tâches et des pratiques
  3. Une détermination de la contamination des milieux (air, sol, eaux)
  4. Une identification et une confrontation des déterminants de l'exposition du travailleur et des milieux, en prenant en compte les modes de conduite de la culture et les pratiques. Le projet procédera à partir d'observations de terrain menées dans des exploitations identifiées en fonction de leurs modes de conduite et suivant le volontariat des exploitants et personnels concernés.

Ce projet doit permettre i) d'élaborer des indicateurs d'exposition utiles aux études épidémiologiques sur le risque de cancer, ii) de comprendre les déterminants de la contamination des travailleurs et des écosystèmes, iii) de lier ces résultats aux pratiques et d'envisager de quelle manière une réduction des usages des pesticides est susceptible de s'accompagner à la fois d'une diminution de l'impact sur les écosystèmes et d'une réduction des expositions des travailleurs, et cela dans une logique de prévention des cancers.

Figure dans les rubriques
2016


HAUT